Programme andin de formation et de recherche
sur la vulnérabilité et les risques en milieu urbain - (PACIVUR)
El Agustino, 2007, A.Sierra
Introduction
Le Programme Andin de formation et de recherche sur la Vulnérabilité et les Risques en milieu urbain (PACIVUR) est un programme régional (Pérou, Bolivie, Equateur) qui porte sur la thématique générale de la vulnérabilité des sociétés urbaines des pays andins face aux risques d’origine naturelle et anthropique. Plusieurs projets de recherche sont réalisés dans les trois pays du programme. Ce dernier associe fortement la recherche et la formation à la recherche de jeunes chercheurs andins et français.
PACIVUR fut lancé en avril 2006 dans le cadre d’une convention entre l’IRD et la CAN (Communauté Andine). Il existe également des relations étroites avec le programme PREDECAN (« Appui à la Prévention des Désastres dans la Communauté Andine », projet de la CAN co-financé par l’Union Européenne) et avec l’IFEA (Institut Français d’Etudes Andines) à travers son axe thématique « risques naturels, risques de société ».
Des collaborations se sont par ailleurs développées avec différentes institutions nationales : des conventions sont signées entre l’IRD et l’IMP (Institut Métropolitain de Planification de Lima), entre l’IRD et le GMLP (Gouvernement Municipal de La Paz) ; une convention entre l’IRD et le MDMQ (Municipalité du District Métropolitain de Quito) est en phase d’être rénovée. De plus, il existe des collaborations avec plusieurs universités, en particulier la UNMSM (Universidad Nacional Mayor de San Marcos) du Pérou, la PUCE (Pontificia Universidad Católica del Ecuador) d’Equateur et la UMSA (Universidad Mayor de San Andrés) de Bolivie.
Objetifs
Le programme régional PACIVUR est né des besoins exprimés dans la région andine en matière de recherche et de formation à la recherche sur les vulnérabilités et les risques en milieu urbain. Le programme de recherche « Système d’information et risques dans le district métropolitain de Quito » développé dans le cadre d’une collaboration entre l’IRD et la municipalité de Quito entre 1999 et 2004, a constitué une première initiative, centrée sur la capitale équatorienne, de recherche sur les vulnérabilités urbaines. L’approche originale de cette recherche (fondée sur les enjeux territoriaux de la ville), les nombreuses méthodologies d’analyse de la vulnérabilité mises au point et les résultats obtenus pour la municipalité de Quito, ont été à l’origine du succès de ce premier programme. Son extension à l’échelle régionale a donc été envisagée. PACIVUR concerne trois pays andins : la Bolivie, le Pérou et l’Equateur, pays où l’IRD dispose d’une représentation permanente. Le programme PACIVUR présente trois objectifs complémentaires :
1. Produire les connaissances utiles à la gestion et à la réduction des risques en particulier sur le thème de la vulnérabilité, en adoptant le point de vue social, politique et territorial.
Dans le cadre du programme PACIVUR des projets de recherches existent dans différents pays de la région. Sont plus particulièrement favorisées, les recherches qui permettent de développer des visions et des méthodologies comparatives et des collaborations entre chercheurs de différents pays. Ces projets regroupent des chercheurs andins et français et l’accent est placé sur la forte implication de jeunes chercheurs.
2. Divulguer les résultats des recherches passées, actuelles et futures en matière de vulnérabilité urbaine dans la région andine.
Cette divulgation prend différentes formes (organisation ou participation à des ateliers et des séminaires, expositions, publications, base bibliographique, etc.). Il s’agit plus particulièrement de diffuser les résultats produits par les projets de recherche développés dans le cadre du programme.
3. Créer un potentiel de recherche et de réflexion régionale sur la vulnérabilité et les risques en milieu urbain, à travers la formation de jeunes chercheurs andins.
Les actions précédentes, en associant recherche, formation et diffusion de l’information permettront la construction progressive d’un réseau de chercheurs et d’institutions sur le thème de la vulnérabilité et des risques en milieu urbain dans les pays de la région andine. Ce processus se renforce grâce à plusieurs activités qui facilitent les échanges et les collaborations scientifiques (en particulier des ateliers, des séminaires nationaux et régionaux, des publications scientifiques en commun, etc.) et au renforcement de seconds cycles universitaires (type Master et Maestria).
Problématique Générale
Les villes sont devenues des espaces de prédilection pour la localisation des risques. Sans sous-estimer l’impact des catastrophes dans d’autres milieux, les villes, notamment les plus grandes, sont concernées par une grande variété de risques liée à l’imbrication de phénomènes naturels, parfois extrêmes, de défaillances technologiques et d’activités sociales préjudiciables. Pour expliquer l’importance des risques en milieu urbain et un bilan humain, matériel et économique toujours plus grand des catastrophes d’origine naturelle et anthropique, les chercheurs insistent sur les spécificités des villes et sur les processus de transformation urbaine.
Parmi les spécificités mises en avant figurent la croissance urbaine des dernières décennies et la forte concentration de personnes, biens et services sur des espaces extrêmement réduits. En effet, plus de 50% de la population mondiale est urbaine et occupe à peine 1% de la superficie terrestre. Mais ces explications quantitatives ne sont acceptables qu’associées à des critères qualitatifs qui pénètrent au cœur de la vulnérabilité des organismes urbains. Le caractère complexe de ces derniers est souligné par l’imbrication toujours plus complexe des réseaux techniques et flux de pouvoirs, d’énergie ou d’information. D’autres critères sont pris en considération : la ville est souvent dépositaire d’héritages patrimoniaux, ce qui accroît sa vulnérabilité ; la culture du risque est inexistante ou du moins affaiblie dans la mesure où les urbains ont généralement une connaissance limitée et récente de leur environnement physique.
Le processus de transformation urbaine est également analysé et ses effets négatifs sont observés sous des angles divers: modifications environnementales (artificialisation des sols, surexploitation des ressources naturelles, pollutions, etc.) ; modification des sites urbains, étalement et occupation toujours plus grande d’espaces à risques (terrains en pente, lit majeur des cours d’eau, etc.) ; systèmes de construction souvent inappropriés ; transformations et déstructurations sociales débouchant sur l’exclusion sociale et la ségrégation spatiale ; législateurs et planificateurs qui peinent à suivre ces transformations.
Les pays du Sud sont également concernés, comme les pays du Nord, par la complexification de leurs systèmes urbains mais plus encore par les processus de transformations qui accroissent les vulnérabilités et démultiplient les risques. Près de la moitié de la population urbaine des pays en développement est exposée à des aléas naturels. 86 des 100 plus grandes villes des pays du sud sont exposées à des aléas destructeurs (séismes, tsunamis, inondations, éruptions volcaniques, etc.). Dans la plupart de ces villes, les espaces à risques sont déjà urbanisés, et le processus de densification des ces espaces se poursuit inexorablement.
La vulnérabilité des villes des pays du Sud s’explique essentiellement par la pauvreté, l’exclusion sociale, une histoire jalonnée d’erreurs, d’intérêts particuliers et de laisser faire en matière de gestion et planification urbaine, ou encore par des systèmes de gouvernance pour lesquels la question des risques ne constitue pas une priorité. Cette vulnérabilité tient aussi à la transformation urbaine et sociale issue d’une vision universaliste du développement, qui, par définition s’affranchit des conditions locales physiques, sociales et culturelles particulières. Dans les pays du Sud, une bonne part de l’espace urbain échappe à l’aménagement au sens classique. La ville y est duale entre la ville aménagée et la ville non équipée, entre ville légale et ville illégale, entre ville moderne et ville autoconstruite. Par ailleurs, les villes des pays du Sud manquent de connaissances utiles en matière d’aléas et de vulnérabilités et ne disposent que très rarement de systèmes de surveillance et d’alerte efficaces.
Il parait donc nécessaire de poursuivre la recherche classique portant sur les aléas et sur la vulnérabilité dans les villes des pays su Sud, même si la distinction entre ces deux concepts est discutable dans la mesure où les effets des aléas sont très souvent le produit de la vulnérabilité. Mais la recherche doit nécessairement aller au-delà et considérer le thème de la vulnérabilité plus en profondeur, tout en réfléchissant sur les conditions de développement de ces villes et la mise en place de systèmes urbains résilients.