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| Pendant ces dernières années, l'archéométrie a subi un développement important à l'intérieur de la recherche archéologique avec l'apport de données inédites à travers l'analyse physio-chimique de divers matériaux (os humains et animaux, carbone, céramique, métallurgie, pigments...) lesquels permettront de confirmer ou écarter des hypothèses et générer de nouveaux points de vue. Les thèses de doctorat de plusieurs chercheurs associés de l'IFEA (Tania Delabarde, Fanny Moutarde et Veronique Wright, entre autres) reflètent cette nouvelle tendance des recherches sur les pays andins et présentent des données inédites sur la biologie, l'organisation sociopolitique et les avancées technologiques des cultures précolombiennes. La génétique a été l'une de ces disciplines dont les atteintes et apports ont été déterminants ces dernières années tant par une recherche archéologique qu'anthropologique. Sur le continent américain, l'un des thèmes de prédilection est l'origine de la colonie. Depuis le XVIème siècle, le missionnaire jésuite Acosta a mentionné la possible origine mongoloïde des populations indigènes. La thèse des vagues migratoires à travers le détroit de Bering a été largement étudiée et acceptée par la communauté scientifique du XXème siècle. Toutefois, depuis 15 ans, les études génétiques ont permis d'ouvrir de nouvelles discussions sur la réalité d'une origine unique, les dates et chemins de migration. L'ancienneté de l'homme en Amérique est soumise à une grande controverse scientifique. La plus ancienne date de migration est celle que soutiennent les défenseurs de la théorie du peuplement tardif, celle en lien avec la Culture Clovis (Amérique du Nord) qui sans doute a établi une présence humaine il y a 13.500 a.C. Les défenseurs de cette théorie soutiennent que la date d'entrée du peuplement humain sur le continent ne peut être plus ancienne que 14.000 ans avant JC. Cependant, plusieurs sites en Amérique du Sud sont considérés comme beaucoup plus anciens (Monte Verde au Chili daterait de 14600 a.C. , ou au Brésil certains sites de plus de 20000 a.C.) Actuellement une grande partie des études génétiques se basent sur la molécule d'ADN et ses produits primaires (enzymes et protéines). Le polymorphisme de l'ADN permet de caractériser chacun de nous, et à sa manière de trouver les différences de fréquences ou de haplogroupes qui peuvent exister entre populations et ainsi, tracer l'histoire génétique des populations. En Amérique du Sud les populations ont été étudiées avec différents marqueurs génétiques. Entre les années 1950 et 1980, les données biologiques collectées confirment une origine asiatique des populations amérindiennes: le Système HLA (Human Leucocytes Antigens) démontre que les populations amérindiennes les plus proches génétiquement des populations asiatiques sont les Esquimaux; le Système ABO, que la majorité des populations amérindiennes sont de type O, le type B étant absent en Amérique du Sud (fréquent en Asie), il a été évoqué un processus de sélection pour expliquer ladite absence; le Groupe Diego, présent seulement en Amérique du Sud et en Asie; le Système Gm qui présente un gradient depuis le Nord jusqu'au Sud. Aujourd'hui les études sur les NRY du chromosome Y et l'ADN mytocondrial permettent de connaître les populations asiatiques les plus proches des populations amérindiennes. Celles-ci sont, pour le chromosome Y, originaires de la vallée de Yeniséi et de l'Altai; pour l'ADN mitochondrial, de celles de l'Altai et la région périphérique de Baïkal. Un micro-satellite, DYS19 associé au polymorphisme du centromère du chromosome Y, révèle que l'haplotype IIA est présent dans 90% des populations amérindiennes d'Amérique du Sud. Cela indique qu'il existe une homogénéité au sein de ces populations. En Amérique, le polymorphisme de la région hypervariable de l'ADN mitochondrial définit 4 haplogroupes majeurs A, B, C, D et un cinquième, X, moins commun, représenté dans des populations d'Amérique du Nord et des populations qui auraient existé antérieurement au Brésil. Je tiens à remarquer que l'haplotype C se trouve aussi dans certaines populations de Mongolie et l'haplogroupe D au Japon, en Corée, et au sein du groupe ethnique des Ainu. La faible variabilité de ces deux marqueurs suggère qu'il n'y eut qu'un nombre limité de fondateurs autant maternels que paternels. Ces données coïncideraient avec les données archéologiques de la culture Clovis (13 500 ans avant JC). A partir de là certains chercheurs proposent l'hypothèse d'une seule vague de migration limitée qui aurait atteint le continent américain entre 21 000 et 12 000 ans avant JC. Toutefois, les données linguistiques (au moins 3 grande familles linguistiques) et morphologiques (variabilité importante de restes osseux) tendent à favoriser l'hypothèse selon laquelle il y eut plusieurs vagues migratoires. Certaines de celles-ci n'ont pas laissé ou ont laissé très peu de preuves génétiques dans les populations contemporaines, ce qui expliquerait les controverses actuelles. En Amérique du Sud, surtout en Amazonie, les populations se trouvent isolées géographiquement et culturellement. Une différence importante s'observe entre les fréquences des allèles (HLA, groupes sanguins) ou des haplotypes (ADN mytocondrial, Chromosome Y) qui serait due à l'effet fondateur ou à la dérive génétique, ce qui expliquerait la diffusion et conservation de polymorphismes « privés » par certains marqueurs génétiques (HLA, ADN mytocondrial) Ces données anthropologiques et archéologiques engendrent une nouvelle hypothèse sur l'origine des peuples amérindiens contemporains, la voie et le nombre de vagues migratoires que leurs ancêtres ont pu utiliser. Les premiers américains seraient arrivés depuis l'Asie par le détroit de Bering entre 20 000 et 11 000 avant JC pendant la dernière phase glaciaire qui descendit au niveau des océans et laissa cette zone libérée des glaces. L'Amérique du Nord était donc occupée par des glaciers, et pourtant se présentent deux hypothèses de voies migratoires: l'une entre deux glaciers (jusqu'à l'intérieur du continent), et l'autre, littorale, par des zones qui se trouvent actuellement submergées (ce qui expliquerait la présences de sites plus anciens en Amérique du Sud). Les régions andines représentent un environnement exceptionnel, une mosaïque d'ethnies linguistique et culturellement différentes. L'origine et la dynamique du peuplement des peuples amérindiens peuvent être considérés comme des problématiques anthropobiologiques très importantes pour les années à suivre. |
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